L’art de Gerhard Richter au Tate Modern

“J’ai une santé moyenne, une taille moyenne (1,72 m), je suis moyennement beau. Si j’évoque ceci, c’est parce qu’il faut avoir ces qualités pour pouvoir peindre de bons tableaux.” Voici l’approche personnelle du peintre contemporain allemand Gerhard Richter.

Né en 1932, Gerhard Richter est aujourd’hui l’artiste vivant le plus cher du monde, depuis que l’une de ses œuvres abstraites a été vendue à 34,5 millions de dollars en 1994. Il a battu un autre record en 2013 lorsque l’une de ses peintures figuratives a été vendue à 37,1 millions de dollars par Sotheby’s.

En effet, Richter est un peintre polymorphe qui adopte tantôt des sujets figuratifs et tantôt des toiles totalement abstraites. Son œuvre est reconnue depuis les années 1980 “comme une expérience artistique inédite et remarquable”.

Il est à la fois photographe et peintre. Il reproduit sur la toile les sujets de ses photos. Des paysages, des natures mortes et des scènes intimes sont au cœur son œuvre, celle-ci étant essentiellement constituée de peintures abstraites qu’il nomme invariablement: Abstraktes Bild (“Toile abstraite”).

Parallèlement à ses expositions personnelles, Gerhard Richter est aussi professeur dans plusieurs écoles d’art. Il a reçu de nombreuses récompenses lors de sa fructueuse carrière et ses toiles se trouvent actuellement dans les plus grands musées du monde. Sa technique de peinture abstraite est aujourd’hui la marque déposée de son œuvre. Il fait glisser la peinture sur la surface de la toile, en dissimulant, déformant et effaçant ce qui se trouve en-dessous. Il l’applique couche sur couche pour créer un effet de brouillard artistique unique en son genre.

Il a, pour cela, crée son propre instrument. Une espèce de planche en bois géante qu’il fait passer sur de grandes surfaces de la toile pour couvrir de vastes zones avec la peinture et créer ce flou qui met en valeur les espaces vides aussi bien que les parties riches en textures. “Je brouille les choses pour rendre tout aussi important et sans importance”, dit-il. On est subjugué par ses grandes toiles où les espaces colorés se mélangent de façon dense ou aérienne. L’art abstrait, loin d’être un art aisé, exige une maîtrise parfaite dans l’ajout et la soustraction de la matière, pour finir par en faire une composition esthétiquement cohérente.

Chaque visite au Tate Modern de Londres donne, face aux toiles de Gerhard Richter, cette impression de beauté fluide et solide à la fois. Une obsession colorée qui se dilue dans un sentiment de perte, une fuite dans le vide qui nous pousse à détailler les détails les plus infimes de la matière travaillée.

Les extrêmes proposés dans la peinture abstraite de ce grand artiste dévoilent un sentiment incroyable de force et de fragilité, de subtilité et d’irréel, de tendresse et de douleur, de rêve et de réalité. Ces sensations ressenties face à l’œuvre sont des moments paradoxaux qui incitent au voyage. Voyage à refaire devant chacune de ces toiles. On s’installe devant elles, on découvre le délire du grand maître et le génie de l’artiste. On passe d’horizons en océans, de champs de blé en soleils couchants, de lumière du jour en nuit d’été. On revient souvent voguer sur les textures de ses couleurs, au-delà des touches et des couches de douleurs et de bonheur. On ressent la peine et la joie, la folie et la sagesse, le vide et la consistance de celui qui fait danser ses œuvres avec autant d’allégresse sur les murs des musées.

L’art moderne a une nouvelle force, une splendeur inédite qu’il fait bon d’admirer.

Original article at icibeyrouth.comhttps://icibeyrouth.com/culture/33149

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