Il était une fois à Beyrouth-Ouest

Exposition en solo de Joanna Raad, à Zico House.

À travers ses dessins naïfs, riches en couleurs fauves et fortes, la peinture de Joanna Raad transporte le visiteur dans un temps où Beyrouth était heureuse et gaie. Elle relate des moments-clés, liés à sa scolarité au Collège Protestant français. Une sorte de fragments de vie bien ancrés dans sa mémoire, qu’elle redessine sur des formats de toutes tailles. Certains petits, d’autres, plus grands, ses tableaux ressemblent à l’identique de la mémoire qui se disperse dans le temps et l’espace. Dans cet espace, Beyrouth lui sert de scénographie ; le climat y est toujours joyeux, la mer est d’un bleu vif et le ciel peut devenir rose bonbon.

Joanna Raad, avec ses coups de crayon sûrs et puissants, fait danser le papier et crée de superbes marouflages qu’elle compose sur de grands tableaux. On peut y lire les histoires de son enfance, tout en admirant les motifs qui s’enchevêtrent et se poursuivent comme une longue bande dessinée qui prend vie.

L’artiste nous emporte avec elle dans ses journées passées à la mer, sur un voilier qui vogue au milieu d’une toile où l’été triomphe. En somme, une palette aux couleurs flamboyantes, digne de Marc Chagall.

On la voit, avec ses fameuses couettes, sourire sur de petits tableaux carrés, enfant d’une autre vie, d’un monde fantastique.

Elle dessine également sa grand-mère et sa tante sur une autre toile, placée au-dessus de son lit. Car, elle ne reconstitue pas uniquement le décor de son enfance, mais refait l’installation de sa vie.

On découvre les lunettes de son père, Abdo Raad, pivot de son enfance, socle toujours présent dans sa vie d’adulte. Joanna lui rend hommage lors de cette exposition, remettant en scène tous les souvenirs qu’elle garde de lui ; archives d’un temps passé, trésors d’une petite fille qui a perdu son père, auquel elle était fort attachée, trop tôt. Elle garde ses passeports et ses visas, ses photos et son amour, qu’elle repeint sur des toiles, remettant ainsi toute la lumière sur une époque aussi cruciale qu’éternelle : son enfance.

En visitant « Zico House », nous découvrons le court métrage de son projet de diplôme à l’Institut d’études scéniques audiovisuelles et cinématographiques (IESAV) et nous réécoutons, avec un vrai Walkman de l’époque, les mélodies d’une autre vie mais aussi les messages d’amour envoyés par son père sur des cassettes, lorsqu’il était en voyage et qu’il lui manquait tant.

Cette autre vie s’est arrêtée au moment de ses treize ans, lorsqu’elle dut déménager avec sa famille, à cause de la guerre, vers la région du Kesrouan.

C’est à cet âge-là que j’avais rencontré Joanna, qui était devenue mon amie de classe. J’ai grandi avec elle, nous partagions souvent nos peintures, mais ce qui me subjugue encore et que j’admire toujours, sont ses exquis croquis au pastel à l’huile.

Je pris un plaisir fou à les admirer lors de cette exposition/installation, où les médias, les couleurs et les sons mettent en lumière la maîtrise de cette artiste multidisciplinaire, docteure en arts ; événement qui eut lieu bien des années plus tard… à Beyrouth ouest.

Original article at icibeyrouth.comhttps://icibeyrouth.com/culture/7940

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